Haïti-Insécurité: À quand une véritable indignation unanime?

Haïti-Insécurité: À quand une véritable indignation unanime?
Haïti-Insécurité: À quand une véritable indignation unanime?

« Zafè mouton pa zafè kabrit ».

Le pays va mal. Avec entre autres la montée fulgurante de l’insécurité sur tout le territoire national, le débat là-dessus est clos depuis longtemps. Néanmoins, force est de constater qu’en dépit de cette situation ô combien alarmante, la manière dont la population choisit de manifester ses ressentiments tend vers une destruction progressive de toute valeur commune en Haïti.

« Zafè mouton pa zafè kabrit ». Nul autre proverbe haïtien ne saurait mieux expliquer le comportement actuel de nos concitoyens. En effet, depuis que l’insécurité s’est pratiquement déchaînée sur tout le terroir, les mouvements de protestation visant à la dénoncer se sont parallèlement multipliés un peu partout.

Sur le béton, on a pu voir des élèves, des étudiants, des contractuels… mais rares sont les occasions où ils ont manifesté côte-à-côte. À titre d’exemples, des cas bien précis.

Lâchement assassiné chez lui le 28 août 2020, l’éminent professeur et bâtonnier de l’Ordre des avocats que fut Me Monferrier Dorval a pu soulever la consternation de plus d’un. Mais, plus particulièrement d’étudiants et d’avocats du barreau de Port-au-Prince qui ont foulé le macadam dans le centre-ville de la capitale pour réclamer justice à l’intention du défunt. Quelques jours plus tard, soit le 2 octobre, ce sera le tour de Grégory Saint-Hilaire, assassiné dans l’enceinte de l’École Normale Supérieure (ENS) où il était étudiant.

Une fois de plus, des mouvements de protestation verront le jour. Des étudiants de ladite école ont exprimé leur colère en gagnant les rues de Port-au-Prince. D’ailleurs, lors de ces événements, un journaliste-rédacteur à TripFoumi Enfo également étudiant à l’Université d’État d’Haïti, Abdias Alexis a été touché d’une bonbonne de gaz lacrymogène à la tête.

Ni professionnelle, ni étudiante, Évelyne Sincère a pour sa part été violée, torturée et tuée avant même de pouvoir tirer la porte menant à de telles aspirations. Combien même, elle demeure l’une des rares victimes ayant porté plusieurs secteurs à fouler le béton. Mais, trop beau cela aurait été pour être vrai, ces derniers ont donné lieu à plusieurs séances de protestation. Artistes, étudiants, membres d’organisations… Chacun a pris soin de mener sa série d’activités, histoire de s’assurer de sa place d’entre les sujets qui alimentent si bien la toile.
Et s’agissant du récent cas de l’enlèvement du Docteur Hans David Télémaque, les événements ayant suivi n’ont point différé des précédents. À Port-au-Prince, où il a été kidnappé non loin de son lieu de travail, soit l’Hôpital de l’université d’État d’Haïti (HUEH), des médecins et membres du personnel médical ont manifesté pour exiger la libération sans condition de leur collègue.

Au cours de leurs premières séries de manifestation, des agents de police ont, sans grande surprise, touché un médecin protestataire au menton avec une balle. Pour faire davantage pression, plusieurs médecins-résidents ont alors observé un arrêt de travail

S’il existe réellement un élément qui demeure commun à tous ces drames, c’est l’explosion des multiples commentaires sur la toile et à travers les différents médias. Des photos sont exposées. Des invitations de protestation sont lancées. Des injures lâchées à l’endroit des autorités compétentes. Et puis rien.

Pas question de gagner les rues s’il ne s’agit pas d’un proche ou d’un membre du même secteur que soit. D’ailleurs le premier ayant lancé l’appel à la révolution sera le premier à déconseiller fortement un tel agissement au risque d’aller allonger la liste des victimes mortes « pou 2 tou je yo ». En d’autres termes tous veulent que cela change, mais nul ne croit réellement à l’avènement de ce miracle. Entre-temps, chacun attend son tour. Entre celui de gagner le terrain et celui de poster sa solidarité aux victimes sur victimes et récolter un maximum de « like».

Ainsi donc, ayant réussi aux bandits, à présent ce sont les victimes elles-mêmes qui demandent à expérimenter le fonctionnement en réseau. Les médecins foulent le macadam pour les médecins. Les policiers pour les policiers. L’église pour les articles contre nature.

Aujourd’hui, pour se faire kidnapper ou tuer en Haïti, il n’y a pas de critère. Ou plutôt, il n’y a plus de critères. Que l’on soit élève ; étudiant ; professionnel ; enfant ; adolescent ; adulte ; pauvre ; entrepreneur ; chômeur… Les critères sont tout simplement absents. Tandis que chaque jour son lot d’avis de recherche fuse sur les réseaux sociaux, il ne reste qu’à espérer que l’on trouvera le juste milieu d’entre tous ces secteurs qui les poussera enfin à se soulever d’un seul homme.

SOURCE: TRIPFOUMI

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